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Cette lettre est signée d’un Burkinabé, résidant aux Etats Unis depuis 2016 et actuellement détenu au centre fermé Caricole à Steenokerzeel. Elle est adressée au roi Philippe, roi des Belges.


Centre fermé Caricole de Steenokerzeel © Belga Images

Excellence,
J’ai l’honneur de m’adresser à vous par voie de presse car je n’ai aucun autre moyen de me faire entendre. En effet, je m’appelle Yameogo Rodrigue Didas Ouitebpigba, de nationalité burkinabée, résidant aux Etats Unis depuis 2016. Je suis arrivé en Belgique de façon involontaire, alors que j’étais en transit pour les Etats Unis.
Je m’étais rendu au Burkina Faso suite à une convocation du juge d’instruction pour donner mon témoignage dans le cadre des assassinats du journaliste burkinabé, Norbert Zongo et de ses compagnons qui ont mis en cause le frère du président Blaise Compaoré, Monsieur François Compaoré. Après mon audition, un article publié dans la presse a fait état de ma présence dans le pays, et ma famille et moi-même avons été menacés. Me sentant en danger, j’ai mis ma famille à l’abri pour ensuite prendre mon vol de retour pour les Etats Unis.
A l’aéroport de Ouagadougou, des hommes qui disent connaître mon adresse aux Etats Unis m’ont à nouveau menacé. Pour cette raison, lors de mon escale à Bruxelles, j’ai officiellement demandé une protection à la police des frontières. Après l’exposé des faits, la police des frontières m’a dit qu’ils allaient m’aider. Ils sont allés chercher mes bagages qui étaient en transit pour les Etats Unis et m’ont ensuite conduit au centre Caricole, où je suis détenu depuis le 12 juillet 2018

C’est alors que mon calvaire en Belgique a commencé, car je me trouve coupable du délit d’avoir demandé une protection internationale.
La procédure de protection internationale a suivi son cours, jusqu’à ce que le CGRA donne une réponse négative à ma demande, le 1er août 2018. Elle a été suivie de l’annulation de cette décision le 23 août 2018 par le Conseil du Contentieux des Etrangers, lequel a condamné le raisonnement suivi par le CGRA dans sa décision de refus et a ordonné des devoirs d’enquête supplémentaires. Jusqu’à ce jour, je reste sans nouvelles d’une décision me concernant.
A la date du 1er octobre 2018, la Chambre du conseil du Tribunal de première instance de Bruxelles a ordonné, sur avis conforme du Procureur du Roi, ma libération immédiate. A ma grande surprise, l’Office des étrangers a fait appel de cette décision le même jour, prolongeant encore ma détention. Or, cette décision constate que la décision qui ordonne ma détention n’a aucun fondement légal.
Excellence, je viens vers vous, parce que je ne savais pas que demander une protection internationale au Royaume de Belgique était un délit susceptible d’une privation de liberté pendant plusieurs mois, sans savoir ce qu’il adviendra de moi.
Je viens donc vous demander, en toute humilité, de m’aider à me rendre dans un pays où ma demande de protection sera entendue.
Pour avoir voulu rendre justice à un journaliste qui n’avait que sa plume pour dénoncer une injustice, j’ai déjà passé 3 mois dans une prison belge qui ne dit pas son nom, le centre fermé Caricole.
Excellence, j’avais toujours entendu dire que le Royaume de Belgique était l’un des berceaux des droits humains, mais je me rends compte que je suis victime en Belgique de la couleur de ma peau. Je m’indigne du traitement dont sont victimes les étrangers de couleur, bien souvent d’Afrique, dans les centres fermés en Belgique. La plupart sont menottés, attachés, cagoulés, pour être déportés dans le pays qu’ils ont fui. On s’acharne contre les peaux de couleur dans les centres fermés, à tel point que des enfants, des femmes enceintes, des personnes âgées, des personnes atteintes de maladies graves comme le cancer, y sont enfermées.
Je prends ma plume aujourd’hui, comme l’a fait Norbert Zongo, pour dénoncer ce que j’appellerai une nouvelle forme d’esclavagisme, une nouvelle forme de traite négrière, oui, Excellence, Monsieur le Roi des Belges, voici ce qui se passe dans votre Royaume. Oui, Excellence, un mépris pur et simple des hommes et femmes de couleur. Oui, Excellence, aujourd’hui dans votre Royaume, votre Gouvernement applique une politique migratoire qui pourrait être assimilée à du racisme.
Excellence, je vous quitte sur ce sombre tableau de la situation des droits humains dans votre Royaume, tout en espérant que je serai le dernier à subir un tel mépris.
3 octobre 2018
Yameogo Rodrigue Didas Ouitebpigba
Centre fermé Caricole

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