Journaliste, directeur de radio, agent des collectivités territoriales, homme de théâtre et désormais écrivain, Roger Sawadogo incarne une génération d’intellectuels engagés. Avec Raboogo, son premier recueil de poésie, il offre une œuvre sensible et profondément marquée par les réalités sociopolitiques du Burkina Faso. Retour sur le parcours dense de cet auteur et sur la genèse de son livre.

Un itinéraire marqué par la passion du savoir
Né le 20 décembre 1979 à Issia, en Côte d’Ivoire, Roger Sawadogo effectue ses premières classes à l’école catholique Notre-Dame du Calvaire. Il rejoint ensuite le Burkina Faso où il poursuit son cursus au Collège Protestant de Ouagadougou, obtenant son BEPC en 1997.
Le futur écrivain se souvient d’une période marquée par une forte ouverture religieuse : « J’animais même les études bibliques avec ma voisine musulmane. Une belle expérience d’œcuménisme. »
Après un baccalauréat décroché en 2000 au lycée Bogodogo, il entame des études d’histoire à l’Université de Ouagadougou, d’où il sort avec une licence puis un certificat de C2. En 2014, alors qu’il travaille dans le Sahel burkinabè, il soutient un mémoire consacré à l’intégration africaine à travers l’OCAM, sous la direction du Pr Yacouba Zerbo.
“Raboogo”, un petit livre aux grandes ambitions
Publié aux Presses africaines, Raboogo est un recueil de 26 pages préfacé par la journaliste Viviane Tiendrebeogo. Écrit en vers réguliers — rimes croisées ou alignées — l’ouvrage fait appel à une grande variété de figures de style : périphrases, oxymores, personnifications…
Une diversité littéraire qui reflète bien la pluralité de son auteur, souvent perçu comme “touche-à-tout”. Il nuance :
« Je ne touche pas à tout, mais j’ai des passions. La littérature est l’une des plus anciennes. »
Enfant, il écume les bibliothèques, note chaque nouveau mot et s’exerce à le réutiliser. Cette discipline lexicale forgée tôt, associée à un goût familial pour les lettres, façonnera son identité d’écrivain.
Un homme de théâtre passé par les grands noms de la scène burkinabè
Beaucoup l’ignorent : Roger Sawadogo a été longtemps homme de scène. Servant de messe, jéciste puis membre du directoire de la Jeunesse catholique, il multiplie les pièces et petites représentations.
Au secondaire, il est formé par des maîtres comme Alain Hema et Charles Ouattara, et côtoie Ildevert Méda et Étienne Minougou. Il participe également à des projets artistiques auprès des réfugiés du camp de Mentao sous la direction de Salia Sanou.
Son sens du management culturel se renforce avec sa participation au FITMO, piloté par le Pr Jean-Pierre Guingané, et par une formation au management musical. Cette expérience théâtrale imprègne aujourd’hui son écriture : certains de ses poèmes prennent la forme de dialogues, proche d’une mise en scène.
Une sortie de livre discrète, mais une stratégie assumée
Raboogo a été lancé le 1ᵉʳ mai 2025 lors d’une cérémonie au Musée national. L’événement, fortement concurrencé par la fête du Travail, n’a pas bénéficié de toute la visibilité espérée.
L’auteur assume néanmoins :
« Ma stratégie de communication s’étale sur deux ans. Une autre œuvre sortira bientôt et les deux formeront une collection. »
L’ouvrage traite en effet d’un sujet sensible : le conflit asymétrique qui secoue le Burkina depuis une décennie. « On ne peut pas communiquer sur ce thème comme sur un sujet ordinaire », précise-t-il. Des collaborations avec des lycées, collèges et compagnies de théâtre sont prévues.
Une ouverture littéraire vers la Guadeloupe
Particularité du recueil : un poème entier rend hommage à la Guadeloupe, “l’île aux belles eaux”. Un choix inspiré par les récits de proches vivant dans l’archipel et par les liens historiques et culturels qui unissent les afro-descendants guadeloupéens à la figure de Thomas Sankara.
« On se rend compte que, malgré la distance, nos cultures se répondent. L’Afrique déportée n’a pas perdu sa force ; elle s’est projetée ailleurs », analyse-t-il.
Thèmes abordés : exil, conflit, humanité…
Dans Raboogo, les thématiques sont nombreuses et profondément ancrées dans l’actualité :
- libre circulation des personnes et des biens ;
- exil et asile ;
- amour du prochain ;
- violence liée aux conflits ;
- autorité en temps de crise ;
- souffrances psychologiques des personnes déplacées internes.
L’auteur confie s’être mis « à la place des PDI, blessées dans leur âme ». Plusieurs lecteurs l’encouragent déjà à porter le recueil au théâtre, un projet qu’il compte concrétiser.
Une plume prolifique : des œuvres déjà prêtes
Roger Sawadogo travaille actuellement sur Les nouvelles de Koredji, un recueil inspiré de la vie familiale, qui devrait paraître dans l’année. Il a également achevé un texte intitulé Sambila ou l’artificier-roi, déjà déposé au BBDA.
« La littérature m’appelle, même si cela retarde mes projets universitaires », reconnaît-il.
Difficultés et contraintes d’écriture
Installé loin de Ouagadougou, séparé de sa famille et de sa bibliothèque, l’auteur confie que ses manuscrits voyagent et se perdent parfois :
« Il faut sans cesse réécrire. Mais l’inspiration ne vient pas à la demande. »
Une vente modeste mais satisfaisante
Pour lui, l’objectif de Raboogo n’était pas d’abord financier :
« Je voulais me faire connaître. Je savais que le social prendrait le dessus. »
Ses influences littéraires
L’enfance de l’auteur a été bercée par les poètes Bernadette Dao, Véronique Tadjo et Maurice Carême.
À l’adolescence, il découvre Apollinaire, puis L’Aventure ambiguë de Cheikh Amidou Kane, qui le marque durablement. Aujourd’hui, il se dit inspiré par l’écrivain et journaliste Serge Bilé, dont le parcours lui ressemble.
Et pour la FILO ?
Malgré des moyens limités, Roger Sawadogo prévoit d’accorder plusieurs interviews et, si possible, d’animer une conférence de presse. Il espère ainsi combler le déficit de visibilité lié à la date de sortie de son livre.
Un appel à la paix
L’auteur conclut avec gravité :
« Que chaque Burkinabè se remette en cause et devienne acteur de paix. Que Dieu ramène la paix au Faso. »
Interview réalisée par Kiswensida Robert YAMEOGO.