Jeanne Calment ne s’est pas contentée de vivre plus d’un siècle : elle a inscrit son nom dans l’histoire en établissant un record inégalé.
À 122 ans et 164 jours, elle est devenue la doyenne de l’humanité, la seule personne dont l’âge, vérifié, ait franchi cette frontière insaisissable du temps. Trois siècles ont vu défiler son existence, et elle a été le témoin privilégié de bouleversements qui ont façonné le monde moderne.
Née le 21 février 1875 à Arles, en France, elle vit le jour dans un monde où la Tour Eiffel n’avait pas encore dressé sa silhouette de fer et où Vincent van Gogh esquissait ses premières toiles.
À l’âge tendre de 13 ans, elle croisa d’ailleurs le chemin du peintre dans la boutique de son oncle, où il venait acheter ses fournitures. De lui, elle se souvenait d’un homme « sale, grincheux, au caractère épouvantable ». Comment aurait-elle pu deviner alors que ce client bourru deviendrait l’un des artistes les plus célébrés de l’histoire ?
En 1896, elle épousa Fernand Calment et embrassa une existence privilégiée. Son mari, riche commerçant, lui permit de mener une vie paisible, loin des contraintes matérielles. Elle se consacra aux plaisirs du sport : le tennis, la natation, le cyclisme… Une femme libre dans un siècle qui ne l’était pas toujours pour elles.
Mais le destin, s’il lui donna le temps, ne l’épargna pas de la douleur.
En 1934, sa fille unique, Yvonne, fut emportée par une pleurésie, laissant derrière elle un fils, Frédéric. Jeanne le prit sous son aile, l’éleva comme son propre enfant. Mais en 1963, la vie lui arracha aussi ce dernier, victime d’un accident tragique.
Pourtant, jamais elle ne plia sous le poids du chagrin. À 90 ans, elle pédalait encore sur son vélo ; à 100 ans, elle vivait seule, farouchement indépendante, alors que tant d’autres de son âge dépendaient déjà des soins d’autrui.
En 1965, à 90 ans, elle conclut un pacte singulier avec un notaire, André-François Raffray. Il lui verserait une rente mensuelle jusqu’à sa mort, en échange de la propriété de son appartement. Mais le sort en décida autrement : Raffray s’éteignit avant elle, en 1995, après lui avoir versé une somme bien supérieure à la valeur du bien. L’ironie du temps…
Son étonnante longévité fascina scientifiques et journalistes.
Quel était donc son secret ? Un peu de vin, de l’huile d’olive, une alimentation équilibrée… et surtout, un humour à toute épreuve. « Si tu ne peux rien y changer, alors ne t’en fais pas », répétait-elle avec une sagesse désarmante.
Le 4 août 1997, Jeanne Calment s’éteignit, à 122 ans et 164 jours.
À ce jour, nul n’a surpassé son record, vérifiable et incontestable.
Mais au-delà des chiffres, Jeanne Calment a laissé derrière elle bien plus qu’un exploit : une lumière, une vitalité hors du commun, une personnalité rayonnante qui fait d’elle, encore aujourd’hui, une légende inoubliable.
Source: Monde littéraire
NB: Le titre est de www.lesoleil.bf