Trump dans le salon de porcelaine de Djibo

Djibo ville résiliente par dessus tout mourra doucement si l’on y prend garde. Chef-lieu de la province du Soum, elle s’est vue, malgré les balbutiements de son système sécuritaire, imposée comme une ville hôte, d’accueil.
Dans cette ville qui s’est vue vidée de ses premiers habitants, l’apport des structures humanitaires au développement était une ultime panacée. Lorsqu’on connaissait la jeunesse de cette ville pour la plupart au chômage, on peut se targuer que le <<local content>> avait réduit considérablement les marges du chômage. Dans ces Organisations non gouvernementales ( ONG), organismes internationales et leurs partenaires de mise en oeuvre ( associations et autres Ongs locales…) l’on décèle en effet la présence des jeunes originaires de la localité et/ ou tout simplement du pays.
Un fait qui est louable pour tous! L’oisiveté étant la mère des vices. Une réalité encore plus réelle dans la frange jeune. Et ce n’ est pas Djibo et ses environs qui diront le contraire. Eux qui ont vu une partie de leurs fils et filles enrôlés dans les Groupes armés terroristes (GAT). Pour preuve, l’un des groupes armés les anciens du pays à savoir Ansar**ul Islam créé par Madame DICKO est né dans cette zone.
Mais dans l’antre de résilience dont fait preuve cette ville, l’exorcisme a dose homéopathique apportée par la présence des ONGs aux populations locales a fait place à la peur suite à une décision venye depuis Washington. Village planétaire le monde est devenu. Sinon comment une décision de cette envergure, prise loin de Pobe-Menga à 25 Km de Djibo, peut-elle impacter négativement le calme apparent du quartier <<Hong-Kong>> de Djibo.

La politique de TRUMP à tue-tête*

On peut lui reconnaître un mérite, le président Donald Trump tient à cœur ses promesses electorales. Il y tient sans doute et c’est la raison pour laquelle l’on est tenté de dire qu’il ne devrait pas avoir le sommeil léger une fois confirmé à la Maison-Blanche. Dès son retour en effet, l’homme d’affaires devenu politique n’a pas hésité à
signer un décret, le 20 janvier 2025, ordonnant un gel de l’aide étrangère américaine pour 90 jours.
Cette période sous revu correspond au temps d’un réexamen complet de la gestion des fonds afin d’évaluer la conformité des dépenses de l’USAID avec la politique qu’il entend mener. Il s’agit notamment de mesures en droite ligne avec la politique des conservateurs à savoir lutter contre les programmes favorisant l’avortement, la planification familiale ou encore prônant la diversité et l’inclusion.

Le gel de l’aide par Donald Trump a provoqué choc et émoi au sein de l’USAID créée par une loi de 1961 une onde de choc. Cette Agence à elle seule gère un budget annuel de 42,8 milliards de dollars, représentant à lui seul 42 % de l’aide humanitaire mondiale. Il a également suscité l’inquiétude dans les pays concernés par l’aide américaine, notamment en Afrique et au Moyen-Orient.

Djibo a petit-feu

Dans cette ville naguère joyeuse et bruyante du fait de son grand marché à bétail, il n’y a plus de boulangerie, plus de charbon de bois. C’est le bois de chauffe qui cuit les repas qu’ils soient de l’élite ou des <<sans culottes>>. Le petit paquet de thé, acheté à 50 francs CFA à Ouagadougou, est au prix de 150 F.CFA. Le kilo de sucre, lui culmine à 1 200 francs CFA. O.A, habitant de la ville que nous avons rencontré implore une plus grande compassion des autorités. <<Nous sommes en pleine période de jeûne musulman mais pour trouver du sucre c’est compliqué. Nous nous partageons le peu de sucre que nous gagnons chez les commerçants. Eux-mêmes versent à coeur-joie dans la spéculation>>.

Le <<local content>> sabordé

Le local content qui est un élément clé de la Responsabilité sociale des entreprises est fortement remis en cause. A IRC, une ONG c’est 46 employés qui se sont vus licenciés suite à la décision de Donal TRUMP. Parmis ces travailleurs plus de la moitié sont des locaux. On pourrait dire que le local content y est préservé malgré le débarquement brusque de ces personnes sur le tarmac du chômage. Notons cependant que certains d’entre eux, faute de n’avoir pas préparés un tel crash social ne peuvent rejoindre leur localité d’origine. Le poids du regard culpabilisant de l’autre! Cela c’est un angle. Sous un autre, cependant, on pourra dire que ces personnes remerciées participait tous à la dynamique économique de la ville. Même si celle-ci est devenu grabataire avec l’insécurité. Disons-le c’est tout de même un manque à gagner qui rapproche du chaos.

Les yeux vers le convoi

Le convoi terrestre est une alternative pour les populations locales. Il permet de ravitailler la ville avec les denrées de première nécessité. Celles-ci sont envoyées par des commerçants et commerçantes. Aux côtés, du Conseil national des secours d’urgence et de réhabilitation ( CONASUR) qui procède à des distributions gratuites de vivres par le biais des vols aériens de l’armée et des convois par camions, il est à saluer les actions de solidarités, certes minimes de l’Etat, aux côtés des agents publics. Cas sociaux relayés au plus haut niveau de l’Etat et contingentement des vivres à distribuer…font partie de ces mannes qui tombent du ciel. Toutefois l’épine question reste la possibilité d’aller et venir de cette région à une autre. Un groupe d’enseignant l’a appris à ses dépens. Le vol retour a pris du temps alors que l’année académique avait pris fin.
Le régime des Capitaines gagnerait à régler ce problème que la vie reprendra à Djibo avec son lot d’agents publics. Cette ville « fantomise » résoudrait cette question qu’elle battrait deux records: celui de la ville le plus résiliente au Burkina durant la crise et celui de la Renaissance. Chapeau sera alors à l’équipe du Capitaine!

Camille OUEDRAOGO

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