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Publié le 11 mars 2021

Le porte-parole du Gouvernement burkinabè, Ousséni TAMBOURA a beau démentir le 3 février dernier une éventuelle négociation du Gouvernement avec les groupes terroristes, que la réalité est là. Négociation il y a pourtant eu ! Le contexte socio-politique actuel ne s’y prête pas mais la vérité de Lapalisse est si évidente. Analyse de la méthode Roch dans cette guerre contre le terrorisme.

Ira à la négociation ? N’ira pas à la négociation ? Finalement, le régime de Roch Marc Christian KABORE, réputé hostile pour la négociation avec les terroristes a opté pour cette méthode. Selon nos sources, c’est en début du mois de juin 2019 que les envoyés de Roch Marc Christian KABORE ont pris langue avec les lieutenants de Lyad Ag Ghali. Avant cela, les émissaires du président burkinabè, après avoir essuyé plusieurs défaites dans la lutte anti-terroriste, ont voulu se tourner vers le négociateur en chef de l’ancien président Blaise COMPAORE à savoir le mauritanien, Moustapha Chaffi. Mais ce dernier, bien qu’il connaisse le nouveau président Roch trouvait que celui-ci n’avait pas réservé un bon point de chute à son ex patron COMPAORE. Pire, il a laissé entendre à ses proches que l’ignorance notoire des questions militaires par le remplaçant de COMPAORE n’est pas de nature à le faire faire affaire avec lui. A la main tendue des envoyés spéciaux de Kossyam, il y serait resté de marbre. Le temps passant, les négociateurs nationaux ont estimé qu’il fallait trouver une méthode bien locale à la démarche. L’Agence nationale du renseignement (ANR) rentre alors en ligne de compte. Cette structure est certes étatique et l’on pourrait dire que les négociateurs sont uniquement des fonctionnaires, non, on y dénombre des compétences privées. Pour etoffer l’armada de l’équipe, le ministre des Affaires étrangères, Alpha BARRY est associé. Lui doit jouer de ses relations dans les pays arabes où il a des entrées et des amis négociateurs.
En novembre, la lutte anti-terroriste est à un tournant vertigineux. Le nombre de morts augmente et les familles des victimes contiennent de plus en plus difficilement leurs larmes. Que faut-il faire ? Le régime opte pour la négociation mais dans la grande discrétion. Les échanges entre les négociateurs envoyés par KABORE et les groupes terroristes s’intensifient. La liste de noms sur laquelle les deux parties doivent convenir est connue. Mais elle est encore amère au palais du président Roch. « Il faut peut-être boire avec du Whisky pour que ça aille. Sinon ça coince », commente un proche de la présidence du Faso. Le GSIM de Ag AHLY est formel, pas de négociation en ce qui concerne la libération de certaines grosses têtes de son mouvement. Parmi eux, Sekou Abdoulaye Diallo dit ZOUBAIROU, Oumarou Diallo dit ROUGA. Si ces personnes citées sortent, l’Etat burkinabè a conscience que sa prison de haute sécurité s’est allégée de ses grosses figures. D’abord dubitatif, le président KABORE a fini par boire la pilule amère. Il a opté pour une méthode beaucoup plus consensuelle se séparant au passage des plus radicaux de son camp qui estiment que c’est proprement rater la trajectoire de l’histoire que d’accepter la négociation avec les groupes terroristes. Mais la méthode Roch est toujours faite de diésel. Elle est lente, participative et peut ennuyer pour qui est impatient.
La méthode Roch
L’on se souvient encore comment la question du bitumage de l’axe Kongoussi-Djibo avait exacerbé des tensions au sein de la population djibolaise et de l’opinion public nationale. En effet, cette question est rattachée à la sécurité dans la localité et nombre d’observateurs de la scène politique nationale comme internationale estimaient qu’il fallait bitumer cet axe pour permettre d’une part aux Forces de défense et de sécurité (FDS) de se déplacer avec plus de sûreté et sécuriser la zone et mieux favoriser la libre circulation des personnes et des biens dans la zone.
A l’époque certains observateurs avaient conclu comment un entrepreneur qui a obtenu un marché après un Appel d’offres peut-il arrêter le marché sous prétexte que l’insécurité l’y en empêche. Pour nombre d’entre eux, il y avait là une occasion pour le régime de montrer sa puissance de feu et sa capacité à préserver l’intégrité de son territoire en accompagnant les ouvriers à toutes les étapes du chantier. Ainsi pensaient-ils, le chantier avancerait jusqu’au bout. Que nenni ! A l’époque, le régime a brillé par son silence sur la question. Quelles démarches administratives le régime a-t-il pris pour gérer légalement la question ? Un avenant a-t-il été introduit ? Une chose est certaine, un long temps est passé sans rien.
Les critiques acerbes ont alors fusé de partout jusqu’à ce que le régime prenne la décision stratégico-militaire de sécuriser l’axe Namsiguia et Djibo où pullulaient les groupes terroristes. Ceux-ci ne se cachaient guère car ils agissaient en plein jour au vu et au su des FDS. Après avoir travaillé à une meilleure cohésion sociale au niveau local entre Peuls et Rimaïbé et fait le voyage de Djibo le 18 juin dernier, Roch KABORE a repris progressivement la main sur la province du Soum. "Je me suis rendu à Djibo (le chef-lieu de) la province du Soum ce jeudi". "J’ai pris l’engagement que Djibo (à 200 km au nord de Ouagadougou) est et restera à jamais (en territoire) burkinabé. Je veillerai à ce que les forces de sécurité intérieure que sont la police et la gendarmerie reprennent du service dans la ville", avait mentionné le président Kaboré sur son compte Twitter. "Je m’emploierai à ce que l’Etat retrouve toute la plénitude de son autorité et que les populations déplacées retrouvent leurs terres à Djibo", a-t-il ajouté. La visite de KABORE est intervenue dans un contexte où la ville manquait de tous. Carburant, denrées alimentaires, produits pharmaceutiques, eau et électricité... Les travailleurs de l’Administration publique ayant pour la plupart quitté la zone, réduisant à néant ainsi toute déserte en produit de première nécessité. Esseulée, coupée physiquement et psychologiquement du reste du Burkina, les populations locales et leurs partenaires ont alors constitués la première colonne de résistance. Sur les réseaux sociaux, des voix sont à l’époque montées pour attirer l’attention des autorités et surtout dire que Djibo fait partie intégrante du pays. De bonnes volontés et les ressortissants de la localité vivant ailleurs ont collecté des vivres, des produits d’hygiène, des vêtements et avec l’aide de certaines associations humanitaires, ont apporté les vivres aux populations djibolaises, sous escorte de l’armée.
Roch présent sur les réseaux n’est pas resté sourd à cette interpellation. A deux endroits différents, GASKINDE, à quelques encablures du site des réfugiés de MENTAO et sur l’axe Djibo-Arbinda, deux détachements militaires ont alors été installés pour contenir les hordes de terroristes. Il eut fallu cette démarche pour que le Soum retrouve sa superbe d’antan. Aujourd’hui, les populations qui emprunte l’axe disent être plus sereine. « Je ne peux jurer qu’il n’y aura plus d’attentats au Soum. Ce dont je peux vous rassurer, il n’y a plus de groupes terroristes visibles sur l’axe comme c’était le cas il y a cinq mois. Personnellement j’ai été à plusieurs reprises mis de côté et interrogé sur l’axe mais aujourd’hui, c’est la sérénité dans le car. Quand nous passions à l’époque sur cette portion dangereuse c’était la frousse et le silence au niveau de l’ensemble des passagers », commente un habitant de Djibo que nous avons rencontré le 23 février dernier.
Après son voyage dans la province du Soum (la plus dangereuse à l’époque), à quelques trois mois de la campagne, le président KABORE a mesuré les conséquences que peut avoir la question sécuritaire sur ses ambitions futures de briguer la magistrature suprême. Aussi, a-t-il pris langue avec les plus hautes autorités locales. Au nombre de celles-ci, le Djom-Hibeeré (chef des Rimaïbé) qui était quelque peu écarté des démarches politiques et des négociations jusque-là. Pire, sa communauté estimait que malgré son rôle capital et incontournable dans les coutumes et traditions locales, ce chef avait été stratégiquement écarté ce qui plombait toute tentative de réconciliation.
Selon les populations que nous avons interrogées à Djibo, le mérite de ce régime a été de « réparer » cette injustice. Pour réussir à rallier les positions également, le régime s’est en effet appuyé sur le frère de l’ex maire assassiné et Chef de Canton de Djibo, l’Emir. Lui a entre autres montré plus d’ouverture vis-à-vis du régime en place que de son défunt frère le maire Oumarou DICKO, resté longtemps méfiant des proches de KABORE. Ainsi donc, pour réussir cette « pacification » de Djibo, les Chefs traditionnels Peuls ont accepté et admis l’importance du Djom-Hibeerè à leurs côtés. Le Chef de Arbinda ayant embouché la même trompette. Pour réussir cette action, des personnalités comme le ministre de l’Enseignement supérieur, Alkassoum MAIGA, le ministre des Affaires étrangères, Alpha BARRY, le député et actuel Ousséini TAMBOURA, le tout nouveau député et ancien maire de NASSOUMBOU, Abdoul Salam DICKO y ont mis du sien. Tous comptaient sur le poids de deux personnalités : le Chef de Canton de Djibo et le Djom-Hobeerè. Selon les populations que nous avons interrogé courant février au Soum, réussir à réconcilier ces personnalités, c’est comme réussir à réunir la Haute Egypte et la Basse Egypte, à l’époque. Que de lendemains meilleurs !
Les résultats de la réconciliation sont là aujourd’hui. Nombre de jeunes des localités de Ouressaba, de Djao-Djao, Baraboullé, Nassoumbou, naguère engagés dans la lutte anti-terroriste y ont abdiqués. La plupart d’entre eux se reconnaissent dans la forte personnalité coutumière du Djom-Hibeerè officiellement partant pour un Soum plus réconcilié avec son histoire, gage de paix.
Négocié, une alternative ?
Récemment, le porte-parole du gouvernement et ministre de la Communication, Ousséini TAMBOURA a fait une sortie pour démentir la négociation avec les groupes terroristes mais l’arbre ne peut pas cacher la forêt. Il y a certes la réticence du peuple à ce que les dirigeants négocie mais la négociation avec les groupes terroristes n’est-elle pas une alternative ? Elle peut certes coûter de l’argent au contribuable mais que vaut cette dépense aux côtés de milliers de famille burkinabè qui depuis longtemps connaissent deuil et continuent d’être endeuillées.
Cette nouvelle couleur du deuxième mandat de KABORE, placée à côté de celle de nommer l’ancien Chef de file de l’opposition, ministre de la Réconciliation nationale n’est-elle pas une volonté affichée de remettre en cause les positions du premier mandat ? Après un premier fait de radicalisme, Roch ne sert-il pas un nouveau plat à ses compatriotes burkinabè ? Il y a de quoi réfléchir car cette guerre a deux tentacules, celle militaire et celle plus subtile, labile, le politique. L’attentat du 2 mars sur l’ambulance à GASKINDE avec un bilan lourd de six morts vient nous le rappeler. La paix est fragile. Bon repas servis que cette négociation on l’espère ! Camille OUEDRAOGO.
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ENCADRE : DISCOURS DU PRESIDENT DU FASO A DJIBO
"Monsieur le Chef d’Etat-major général des Armées
Officiers, sous-officiers
Hommes du rang
C’est un réel plaisir pour moi d’avoir pu effectuer ce déplacement à Djibo pour vous rencontrer. On dira que c’est quelque chose qui aurait pu être fait depuis longtemps. C’est vrai. Mais comme on le dit aussi, mieux vaut tard que jamais ! C’est pour cela que je voudrais, avant tout propos, vous demander que nous puissions observer une minute de silence pour tous nos valeureux soldats qui se sont battus, pour la liberté, pour la démocratie, pour la défense de la patrie. Donc je voudrais que nous puissions observer une minute de silence en leur mémoire.
Je vous remercie !
Je voudrais vous traduire les salutations du Gouvernement, les salutations du peuple burkinabè dans son ensemble qui, jour et nuit, compte sur votre action pour la paix et la sécurité au Burkina Faso. Je voudrais saluer votre courage, je voudrais saluer votre engagement. Je voudrais saluer également votre esprit de discipline et de cohésion. Parce que comme on dit, c’est la discipline et la cohésion qui font la force des armées.
Nous sommes conscients que malgré les efforts qui ont été faits, beaucoup reste à faire, pour notre armée, aussi bien au plan des effectifs, au plan du matériel, au plan des conditions qui doivent leur permettre d’assurer pleinement les missions. Mais je voudrais vous rassurer que j’ai eu une rencontre tout à l’heure avec justement les officiers pour faire le point de la situation. J’ai noté les différentes préoccupations qui sont les vôtres et j’ai pris l’engagement que dès mon retour, nous allons nous occuper à ce que ces préoccupations, nous puissions les résoudre, parce qu’il est tout à fait normal que ces préoccupations trouvent des solutions pour permettre un engagement plus conséquent de nos Forces de défense et de sécurité.
Je voudrais également dire que le constat que nous avons fait depuis que nous avons enclenché ce combat contre les forces terroristes, c’est qu’un certain nombre de zones où l’armée était positionnée ont été délaissées. Ce qui fait que la pression est forte sur Djibo de tous les côtés. Et je pense qu’il y a nécessité pour que nous puissions nous organiser pour que ces postes soient repris, et que nous réinstallions l’armée pour pouvoir lui permettre de soulager et de lever un peu le verrou sur l’ensemble des troupes qui sont ici à Djibo, et qui assurent la sécurité de la ville.
Je voudrais également dire que toutes les forces de sécurité intérieure qui ont quitté Djibo, nous ferons en sorte qu’elles soient réinstallées. L’armée s’occupe de la défense des frontières et du territoire, mais également les Forces de défense et de sécurité, celles qui s’occupent de la sécurité intérieure, doivent être également à Djibo, pour assumer leur mission. Et là, j’ai pris l’engagement que c’est quelque chose que je règlerai, en tenant compte qu’il faut donner à chacun les moyens d’assumer la mission sur le terrain de façon efficace. Je pense que ça doit être pris en compte.
En tout cas, je voudrais dire que nous sommes dans une situation de guerre, et comme vous le savez, nous avons toujours des discussions qui sont très pertinentes, très vives sur les questions qui peuvent concerner l’action des Forces de défense et de sécurité sur le terrain. Je voudrais encore dire comme je l’ai dit la dernière fois, autant nous devons éviter les questions relatives à la stigmatisation, parce qu’on ne peut par définition dire qu’une communauté est globalement mauvaise, mais nous devons travailler à extirper le mauvais grain de ces communauté-là, pour éviter justement de gangrener l’ensemble de la communauté et les relations intercommunautaires entre les gens.
De même, je l’ai dit et je le répète, nous devons travailler également à ce qu’on évite le repli identitaire qui consiste à justifier les actions ignobles de ces personnes infiltrées dans les communautés, qui posent des actes ignobles vis-à-vis de nos concitoyens, vis-à-vis également des Forces de défense et de sécurité. Ce n’est que par ce travail fait des deux côtés que nous arriverons à renforcer véritablement les liens entre les communautés de façon générale dans la zone ici, parce que c’est une zone de guerre, mais également au Burkina Faso de façon générale. Et cela permettra de renforcer la confiance entre les Forces de défense et de sécurité et les populations pour lesquelles elles travaillent. Nous devons faire preuve de discernement, nous devons faire preuve d’investigation, de renseignement très approfondi pour permettre justement de pouvoir trier le bon grain de l’ivraie. Ce n’est pas toujours facile, on doit le reconnaitre, mais c’est un point sur lequel je voudrais en tout cas renforcer votre conviction pour dire que ce sont des questions sur lesquelles nous devons continuer à travailler pour le bien-être du Burkina Faso et notre chère patrie. (…) Je pense que s’il plait à Dieu, un jour nous aurons la paix et nous pourrons revivre dans des conditions qui sont véritablement acceptables pour tous, et qui nous permettent de développer notre pays. Notre mission, sécuriser, notre mission, permettre aux populations de regagner leurs sites, notre mission, permettre à l’administration de pouvoir regagner les sites qui sont désertés et ça, c’est une mission qui est noble et importante, qui nécessite que nous puissions mettre les moyens qui permettent que cette activité puisse se faire.
Je voudrais vous remercier, vous féliciter en mon nom propre et au nom du gouvernement et du peuple burkinabè, et vous encourager en disant que la victoire nous appartient et que je suis convaincu que le Burkina Faso sortira grandi et renforcé de cette situation.
Merci beaucoup et beaucoup de courage !"
Retranscription : Direction de la communication de la Présidence du Faso.

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