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Publier le 19 novembre 2020
Toute personne certifiée en administration des élections ; ayant participer à la préparation d’un processus électoral ; ayant donné des formations en matière électorale et ayant observé des élections, peut le confirmer.

Pour gagner des élections par des voies déloyales, il y a des règles d’or, hors série, dont l’une très redoutable est le contrôle de l’OGE (organisme de gestion des élections). D’où la boutade africaine d’un certain président fondateur à savoir « qu’on ne peut pas organiser des élections pour les perdre ».
Mais avec la création des CENI et la prise de conscience des acteurs, ce brigandage électoral est devenue marginal. Il n’existe désormais que là où l’opposition s’est endormie ou n’existe que de nom.
Cette règle de la domestication de l’OGE vise certaines activités frauduleuses dont notamment :

1- La falsification des PV des bureaux de vote après le dépouillement. En général, les représentants des partis sont soudoyés (achetés avec de l’argent) et ces derniers acceptent signés de faux PV. Quand il se révèle difficile de les corrompre, des faux PV sont néanmoins faits au cours du transfert des documents au démembrement de la CENI.
Il faudrait donc une vigilance assez particulière autour des PV qui sont établis après dépouillement et ceux qui sont transmis.

2- Le bourrage d’urnes. On entend dire qu’il n’est plus possible de bourrer des urnes. Mais cela est faux. Il y a deux procédés possibles.
• Première possibilité, le bourrage peut se faire à travers la création de nouveaux bureaux de vote à la veille du scrutin. La loi le permet si certaines conditions sont remplies. Un bureau de vote compte entre 1 et 800 électeurs. Si on en crée 100, cela fera 80.000 voix d’obtenu. Ce chiffre est déterminant pour gagner une élection assez serrée.
• Deuxième possibilité, le bourrage peut se faire à travers les votes fictifs. Lesquels vote se font dans les conditions normales de votation sur la base des listes des inscrits au niveau des bureaux de vote. En pratique, c’est soit des gens qui viennent voter à la place des absents pour donner l’impression qu’ils sont des électeurs ; soit ce sont les membres du bureau de vote qui s’en chargent. Ils cochent , signent et remplissent les urnes. Pour mieux comprendre, il faut savoir que cette technique de vol se passe en général en dernière minute. Juste avant la fermeture des bureaux de vote. Entre 17h et 18h. À cette heure, rarement les électeurs qui ne sont pas venus viendront encore. Il suffit de voir combien d’inscrits n’ont pas votés et on vote à leur place selon une des méthodes. Les membres du bureau de vote sont donc complices pour que ça marche.
La vigilance des observateurs et des délégués des partis doit être d’observer si l’affluence est trop grande entre 17h et 18h. Disons quand il y’a une affluence anormale avant la fermeture du vote.
Si tel est le cas qu’ils ouvrent grandement les yeux. Par ailleurs, les observateurs doivent faire attention à bien regarder la physionomie des listes des votants. S’il se trouve que les électeurs sont plus massifs après 16h , il y a lieu d’accentuer le contrôle des mentions. Avoir l’œil pour détecter les incohérences qui sauteront forcément à la vue. Et poser aussi des questions aux membres du bureau de vote.
Aucun crime n’est parfait dit-on.

- La compilation des résultats. Pour ces élections couplées 2020 au Burkina, le risque est minime vu qu’il sera proclamé commune par commune. Les différents candidats et leurs états majors peuvent mieux suivre calculatrice en main. Et le comptage qui sera manuel aide également à éviter les manipulations électroniques des chiffres.

3- La deuxième règle d’or, elle aussi très indispensable, pour pouvoir gagner des élections en luttant efficacement contre la fraude et toute sorte de tricherie, c’est la vigilance et le contrôle des moindres détails. Il faut demeurer concentré en gardant en tête que la confiance n’exclut pas le contrôle.
Et les partis politiques doivent mettre en place des systèmes de suivi et de contrôle de leurs délégués sur le terrain. La meilleure manière facile et moins coûteuse est que des électeurs volontaires restent sur place après avoir voté. Cette présence sert de dissuasion.
Assurer également la prise en charge minimum des délégués. Car, ventre affamé n’a point de dignité.
Ainsi avec un tel dispositif de surveillance aucun délégué ne pourra être tenté de marchander les intérêts de son candidat pour quelques francs. Il convient de dire que la fraude n’est pas forcément l’apanage d’un seul camp.

Lookmann Sawadogo
Journaliste -éditorialiste

(NB : Certifié en administration des élections et stratégie électorale,
Ancien cadre d’appui CENI ;
Formateur au projet pépinière d’agents électoraux de la CENI dans 3 provinces....).

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